Après l’échec du Scaf : vers une nouvelle ère de coopération énergétique entre la France et l’Allemagne ?

Le 8 juin, à la veille du salon aéronautique de Berlin, Paris et Berlin ont officialisent l’arrêt du projet d’avion de combat de nouvelle génération. Cet échec Scaf, nourri par des désaccords industriels entre Dassault et Airbus, rappelle une constante historique: dès la CED en 1954 ou l’épisode du Rafale en 1985, la défense a souvent divisé le partenariat franco-allemand. Selon les dernières données, l’interdépendance énergétique, en revanche, s’est accélérée depuis la crise gazière européenne, ouvrant une fenêtre d’opportunité pour une coopération énergétique rééquilibrée autour des réseaux, de l’hydrogène et du numérique.

Il est à noter que la conjoncture pousse à la convergence: montée en puissance des énergies renouvelables en Allemagne, socle nucléaire en France, inflation des prix de capacité et besoin d’innovation technologique pour stabiliser des systèmes électriques plus variables. Tandis que Berlin cherche une trajectoire post-SCAF — comme le montre le débat sur les alternatives à l’avion de combat du futur (l’Allemagne cherche une alternative pour son futur avion de combat) — la voie énergétique s’impose par sa capacité à livrer des résultats tangibles à court terme. Cette tendance souligne l’intérêt d’un agenda commun pour la sécurité énergétique, la compétitivité et la transition bas-carbone en Europe.

Après l’échec du Scaf, bâtir un axe énergie France–Allemagne crédible et mesurable

Le signal politique envoyé par l’abandon du SCAF (abandonnent l’avion de combat SCAF) peut être retourné en avantage compétitif si une feuille de route binationale cible trois chantiers concrets: interconnexions électriques, hydrogène bas-carbone et données/IA pour la gestion des systèmes. Une architecture par projets, assortie d’indicateurs publics — gigawatts d’interconnexion, kilomètres de conduites H2, térawattheures flexibles — offrirait une lisibilité que la défense commune n’a pas su garantir.

Après l’échec du Scaf : vers une nouvelle ère de coopération énergétique entre la France et l’Allemagne ?

Renforcer les interconnexions et la sécurité énergétique transfrontalière

La première brique passe par l’augmentation des capacités d’échanges électriques et leur pilotage en temps réel. Des interconnexions plus robustes entre la France et l’Allemagne permettent de valoriser l’atout nucléaire français lors des pointes de demande hivernale outre-Rhin tout en accueillant les excédents éoliens du Nord allemand lors des périodes venteuses. Cette symétrie réduit le coût global du système et accroît la sécurité énergétique face aux chocs.

Selon les dernières données des opérateurs de réseau, l’optimisation de la flexibilité (effacement, stockage, modulation industrielle) est indispensable pour absorber l’intermittence. Il est à noter que l’Europe a tiré la leçon de la dépendance au gaz russe, comme l’illustre la dynamique de diversification énergétique face au gaz russe amorcée depuis 2022. L’étape suivante consiste à intégrer météo, prix, risques d’approvisionnement et contraintes réseaux dans une conduite « temps réel » continentale.

Un pacte opérationnel sur la prévision et la gestion des congestions envoie au marché un signal clair: les décisions d’investissement en production et en flexibilité trouveront un cadre stable de rémunération. L’insight clé: la grille binationale devient l’assurance-vie de la transition.

Transition énergétique et renouvelables: la complémentarité franco-allemande en action

Sur le plan industriel, la montée des énergies renouvelables en Allemagne et l’ancrage nucléaire en France dessinent une complémentarité rare en Europe. Elle peut être catalysée par des contrats de long terme croisés: PPA bas-carbone pour la chimie et la sidérurgie allemandes; contrats de flexibilité multi-annuels pour absorber les creux/pleins d’éolien et de solaire côté français. Cette approche mixe stabilité des revenus pour les producteurs et visibilité des coûts pour les industriels électro-intensifs.

Dans le même esprit, la recherche partagée sur les technologies de rupture — capture/valorisation du CO2, SMR, électrolyseurs haute température — s’inscrit dans une trajectoire européenne où la recherche sur la fusion tient lieu d’horizon de long terme. L’enjeu, pragmatique, est d’aligner cycles d’investissement et innovation sur des critères communs, afin d’éviter l’émiettement des aides et la course aux subventions.

Priorités d’investissement: de l’hydrogène aux flexibilités

Pour transformer l’essai, trois axes d’investissement s’imposent. Ils répondent à la politique énergétique européenne (marché du carbone, taxonomie) tout en gardant une granularité nationale compatible avec les filières.

  • Hydrogène bas-carbone: électrolyse adossée à des contrats d’électricité bas-carbone, corridors H2 et normes communes de certification.
  • Réseaux et stockage: renforcement des liaisons AC/DC, batteries, stations de pompage et solutions « power-to-heat » industrielles.
  • Numérique et données: plateformes communes de prévision et d’optimisation des actifs, standardisation d’API et cybersécurité.

Cette hiérarchie protège le consommateur contre la volatilité tout en accélérant la décarbonation des procédés. Insight final: l’échelle binationale est la plus efficace pour mutualiser coûts et risques.

Gouvernance et incitations: une méthode pour éviter le syndrome SCAF

Après l’échec Scaf, l’écueil à éviter est la dilution des responsabilités. Une task force conjointe Élysée–Chancellerie avec mandat sur dix ans, calendrier de jalons trimestriels et revue indépendante des coûts limiterait les frictions. À ce titre, l’analyse « Vu de Berlin, la mort du SCAF ouvre une nouvelle ère » rappelle l’exigence d’une méthode contractuelle, pas seulement politique.

Côté incitations, des contrats pour différence alignés sur les émissions évitées et la disponibilités des flexibilités encouragent l’investissement sans subventions mal ciblées. Enfin, un fonds mixte dédié aux interconnexions et au stockage — abondé par des recettes carbone — placerait la valeur au cœur de la stratégie plutôt que la dépense.

La pierre d’angle est la clarté: qui finance quoi, pour quels résultats, et à quel coût unitaire. À défaut, l’efficacité macroéconomique s’évapore.

Innovation technologique partagée: IA, jumeaux numériques et flexibilité industrielle

La prochaine frontière se joue dans le logiciel. Des jumeaux numériques de réseaux transfrontaliers, alimentés par des modèles d’IA prédictifs, peuvent réduire les congestions et lisser la variabilité des renouvelables. Un partenariat franco-allemand sur ces briques numériques ferait écho à des initiatives européennes plus larges, à l’image d’un exemple de collaboration sans frontières autour de l’IA, à transposer au système énergétique.

Sur l’hydrogène, mutualiser les données de charge des électrolyseurs avec celles des marchés intrajournaliers abaisse le coût de production et favorise l’intégration au réseau. L’Europe a démontré sa capacité d’adaptation vis-à-vis des approvisionnements, et la question de convaincre les voisins européens reste centrale pour standardiser les règles et accélérer les déploiements.

Cas d’usage: « RhinEnergie Lab », une illustration concrète

Pour donner chair à cette trajectoire, « RhinEnergie Lab » — consortium fictif réunissant un opérateur de réseau français, un énergéticien allemand et une PME d’IA — illustre la méthode. Objectif: piloter 500 MW d’actifs flexibles (batteries, power-to-heat, électrolyse) le long du Rhin via un jumeau numérique binationale. Résultat attendu: -15% de congestions locales et -5 €/MWh sur la facture industrielle lors des pics.

Le consortium contractualise un cadre clair: partage de données anonymisées, tarification incitative des congestions, et reporting mensuel public. La visibilité crée un effet d’entraînement sur les fournisseurs et les industriels électro-intensifs de la chimie, qui sécurisent des PPA renouvelables et des options de flexibilité adossées au réseau.

En filigrane, le message est simple: quand les objectifs sont mesurables et les incitations alignées, la transition énergétique cesse d’être un slogan pour devenir un actif stratégique partagé.

En arrière-plan, le débat sur la défense se poursuit: certains observateurs s’interrogent déjà sur la possibilité qu’un autre projet d’avion de combat européen puisse redécoller. Mais pour l’économie réelle, la bascule vers l’énergie est immédiate, lisible et riche en retombées industrielles. Le moment est propice pour passer d’un symbole de discorde à un portefeuille de projets qui sécurisent l’approvisionnement, abaissent les coûts et renforcent la souveraineté énergétique européenne.