Gita Gopinath, professeure à Harvard : Ce que l’Europe peut apprendre des États-Unis selon une experte économique

Gita Gopinath, professeure à Harvard et ex-numéro deux du FMI, défend une lecture lucide des écarts de performance entre l’Europe et les États-Unis. Selon les dernières données, la productivité et la croissance économique outre-Atlantique tiennent à la profondeur des marchés de capitaux, à la capacité de mise à l’échelle des jeunes pousses et à un environnement réglementaire plus prévisible. Il est à noter que cette trajectoire favorable s’est affirmée après les crises financière et sanitaire, creusant un différentiel que nombre d’analystes jugent durable. Lors de la conférence annuelle CEPR–Paris School of Economics, l’économiste a appelé Bruxelles à délivrer un message ferme face à la surcapacité chinoise, tout en réactivant les ressorts du marché unique et en allégeant la politique économique lorsqu’elle entrave l’innovation. Cette tendance souligne un impératif : reprendre l’initiative dans la macroéconomie de l’innovation, des chaînes de valeur et de la globalisation fragmentée. En toile de fond, les débats du G7 d’Évian et l’avertissement lancé à Davos sur une économie mondiale « plus fragile qu’il n’y paraît » confirment l’urgence d’une stratégie cohérente, compétitive et résiliente. Entre discipline budgétaire ciblée, intégration financière et politique commerciale crédible, le corpus d’idées porté par Gopinath converge vers un agenda pro-croissance assumé, compatible avec la transition énergétique et la souveraineté technologique.

Gita Gopinath (Harvard) : des leviers américains transposables pour doper la productivité européenne

Issue d’une carrière mêlant recherche et action publique, la professeure de Harvard s’appuie sur une expertise économique éprouvée pour disséquer les moteurs de la performance américaine. Aux États-Unis, l’amorçage-accélération des entreprises bénéficie d’un continuum de financement (capital-risque, marchés actions, crédit privé) et d’un cadre de faillite plus fonctionnel, réduisant le coût de l’échec et accélérant la réallocation du capital. En Europe, les barrières transfrontalières et l’hétérogénéité réglementaire freinent encore la croissance économique des jeunes pousses, notamment dans la santé, l’énergie et le numérique.

Gita Gopinath, professeure à Harvard : Ce que l’Europe peut apprendre des États-Unis selon une experte économique

Innovation à l’échelle, marchés profonds et commande publique

Un secteur des affaires prospère, peuplé de jeunes entreprises à forte croissance, demeure le chaînon manquant pour rattraper les États-Unis. Dans un scénario type, la medtech fictive « AquilaMed » parvient à lever rapidement un tour de croissance à Boston grâce à des investisseurs spécialisés et à des achats publics agiles, alors que sur le Vieux Continent, l’absence d’un véritable guichet unique retarde l’accès au marché. Pour Gopinath, l’Union des marchés de capitaux, un droit des faillites plus convergent et une politique d’achats publics pro-innovation constituent des accélérateurs évidents.

Sur ce terrain, les analyses du FMI insistent sur la nécessité d’un vivier de scale-ups, particulièrement dans les technologies profondes. Un décryptage récent du FMI met en avant l’écart de productivité et le rôle d’un tissu entrepreneurial dynamique en Europe ; voir à ce sujet ce rapport du FMI sur la productivité européenne. Pour approfondir le contexte institutionnel, la biographie de Gita Gopinath rappelle également son passage à la tête de la recherche du FMI, utile pour comprendre la cohérence de ses recommandations.

Cette grille de lecture est cohérente avec ses speeches sur la fragmentation géoéconomique et le besoin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement sans sacrifier l’ouverture. Point d’équilibre recherché : préserver l’investissement et l’intégration tout en corrigeant les distorsions stratégiques.

  • Allègement réglementaire ciblé sur les secteurs à effet d’entraînement (semi-conducteurs, santé, climat) avec des « fast-tracks » paneuropéens.
  • Union des marchés de capitaux et passeport unique pour les fonds, afin d’élargir les tours de croissance tardifs.
  • Commande publique innovante (précommerciale) pour tracter l’adoption de technologies émergentes.
  • Convergence du droit des faillites pour fluidifier la réallocation et réduire le coût de l’échec.
  • Capital humain et IA : formation continue et incitations à l’adoption, afin d’éviter le décrochage technologique.

Au total, l’Europe a intérêt à organiser un marché de l’innovation plus fluide, pour transformer la R&D en gains de productivité tangibles.

Europe–États-Unis : combler l’écart de productivité sans renoncer à la souveraineté

Le débat sur le risque de déclassement par rapport aux États-Unis prend de l’ampleur à mesure que les cycles d’investissement s’accélèrent dans l’IA, l’énergie et les biotechs. Il est à noter que l’Europe dispose d’atouts (réservoir de chercheurs, base industrielle, épargne élevée), mais leur activation exige des canaux de financement plus efficients et une concurrence réellement transfrontalière. Cette tendance souligne l’urgence d’une stratégie d’adoption technologique à grande échelle.

Marché unique, réglementation et financement de l’innovation

Sur le plan de la politique économique, plusieurs chantiers sont identifiés par Gopinath et d’autres économistes européens : clarifier les règles d’aides d’État pour éviter une course aux subventions, finaliser l’union des marchés financiers, et sécuriser l’accès à des intrants critiques via des partenariats internationaux. L’alerte sur l’IA n’est pas théorique : négliger la diffusion de l’IA générative et des modèles industriels exposerait le continent à un péril majeur si l’IA échappe à l’Europe, avec des effets de réseau difficilement réversibles.

En parallèle, la montée du crédit privé américain rebat les cartes du financement de la croissance tardive. Faute d’un véhicule européen de taille critique, nombre de scale-ups partent chercher leur « Series D » à New York. Des instruments de dette croissance paneuropéens pourraient refermer cette brèche. Pour un survol des enjeux macro en temps réel, voir également les contenus à la une de L’Express.

La trajectoire de rattrapage suppose enfin une mobilité des talents et une réduction des frictions linguistiques dans les services numériques. Des outils comme la traduction automatique facilitent l’expansion paneuropéenne des PME technologiques, mais la clé demeure la simplicité réglementaire.

Surcapacité chinoise et fragmentation géoéconomique : quelle réponse européenne crédible ?

Dans leur déclaration d’Évian, les dirigeants du G7 ont repris l’ambition de rééquilibrer la croissance mondiale, écho direct au rapport sur les déséquilibres mondiaux corédigé par Gopinath. Sur ce front, l’Europe doit conjuguer instruments commerciaux et stratégie industrielle, tout en évitant l’autarcie. La question est aiguë pour les secteurs acier, solaire et véhicules électriques, où la pression chinoise inédite sur prix et volumes déstabilise les marges et l’investissement.

Coopération transatlantique sans naïveté

Le calibrage des droits de douane et des enquêtes antisubventions doit rester fondé sur les données, sans tomber dans le réflexe défensif. Les divisions internes sur ces sujets ne sont pas nouvelles, comme l’illustre le débat européen autour des droits de douane avec Washington. Pour maintenir un front cohérent, la coordination avec les États-Unis reste cruciale, surtout dans les négociations sensibles avec Pékin, objet d’analyses sur les négociations Chine–États-Unis.

La perspective macro s’inscrit dans une économie mondiale plus vulnérable, marquée par des fractures au sein même des alliances occidentales. L’avertissement lancé par Gopinath à Davos sur une économie mondiale plus fragile qu’il n’y paraît souligne la nécessité d’une stratégie européenne « ouverte mais protectrice ». Pour contextualiser sa pensée sur le temps long, ses travaux académiques au NBER offrent une base solide : voir les travaux académiques de Gopinath, ainsi qu’une

">intervention filmée résumant ses alertes récentes. En somme, un cap clair sur la macroéconomie et la globalisation fragmentée demeure l’atout maître pour réancrer l’investissement sur le continent.