« Made in Vietnam » ou « Made in China » : comment Pékin contourne les droits de douane de Donald Trump

Le déplacement d’une marchandise à travers plusieurs pays peut brouiller la frontière entre diversification industrielle et contournement tarifaire. Dans le commerce Chine–États-Unis, Washington accuse des entreprises chinoises de faire transiter leurs produits par des pays tiers, notamment au Vietnam, afin d’échapper aux droits de douane imposés par Donald Trump. L’étiquette « Made in Vietnam » ne suffit pourtant pas à établir l’origine réelle d’un produit : les autorités doivent déterminer où il a été fabriqué ou transformé, et si les opérations réalisées sur place justifient légalement cette mention.

Un cas relevé en Thaïlande illustre les enjeux du contrôle. À Laem Chabang, les douanes ont saisi fin juillet 2026 quelque 5 millions de cigarettes et 200 000 ensembles de couteaux, évalués à 3 millions de dollars, importés de Chine mais présentés comme thaïlandais. Entre octobre 2025 et juillet 2026, le port a recensé 41 affaires comparables de falsification d’origine. Ces chiffres donnent une mesure concrète des pratiques de transbordement de marchandises, sans pour autant signifier que toute production vietnamienne relève d’une fraude. L’enjeu, pour les États-Unis comme pour leurs partenaires asiatiques, est de distinguer une véritable réorganisation des chaînes d’approvisionnement d’une simple opération de réétiquetage.

Made in Vietnam ou Made in China : où se situe le contournement tarifaire ?

Le mécanisme dénoncé par Washington repose sur une séquence en apparence simple : un bien est fabriqué en Chine, expédié vers un pays tiers, puis réexporté vers les États-Unis sous une nouvelle origine déclarée. Mais le passage par un port vietnamien, thaïlandais ou malaisien ne modifie pas à lui seul le pays d’origine. Un changement d’étiquette ou un stockage temporaire ne constitue pas une transformation industrielle substantielle.

La difficulté tient à l’évaluation de chaque dossier. L’assemblage, la transformation des composants et la valeur ajoutée locale peuvent peser dans l’analyse, selon les règles applicables au produit. Une entreprise qui déplace réellement une partie de sa production au Vietnam peut donc exporter légalement sous la mention « Made in Vietnam », tandis qu’une autre s’expose à des sanctions si elle ne fait que dissimuler une fabrication chinoise. Les accusations américaines contre ces circuits sont détaillées dans cette analyse des soupçons visant Pékin.

« Made in Vietnam » ou « Made in China » : comment Pékin contourne les droits de douane de Donald Trump

Le cas de Laem Chabang, révélateur des fraudes à l’origine

Les saisies de cigarettes et de couteaux à Laem Chabang montrent que la falsification d’origine n’est pas une simple question de vocabulaire commercial : elle peut accompagner des marchandises dont le pays de fabrication est dissimulé. Les 41 cas recensés en moins d’un an par les autorités portuaires indiquent une pression accrue sur les contrôles, même si ces données ne permettent pas, à elles seules, d’estimer l’ampleur totale du phénomène dans la région.

Pour les douaniers, l’enquête porte notamment sur les documents d’expédition, les factures, les étapes de production et la cohérence entre la capacité industrielle déclarée et les volumes exportés. Le port est un point de contrôle, mais la preuve se trouve souvent dans les traces laissées par toute la chaîne logistique. Les accusations américaines d’un réseau de réexpédition et les réponses envisagées par Washington sont également évoquées dans ce point sur la stratégie de Donald Trump contre le transit de produits chinois par des pays tiers.

Pourquoi les droits de douane de Donald Trump restent difficiles à faire respecter

La guerre commerciale incite les entreprises à revoir leurs itinéraires, leurs fournisseurs et leurs sites d’assemblage. Certaines recherchent une implantation durable hors de Chine pour sécuriser leurs ventes américaines ; d’autres peuvent être tentées par une réexportation qui ne change pas réellement le lieu de fabrication. Cette distinction est centrale : une politique tarifaire peut modifier les flux commerciaux, mais son efficacité dépend de la capacité des douanes à vérifier l’origine de milliers de produits et de composants.

Les autorités américaines peuvent intensifier les inspections et réclamer davantage de justificatifs aux importateurs. Cela augmente les coûts de conformité pour les entreprises, mais ne supprime pas automatiquement les circuits opaques. Une analyse de la réponse américaine souligne justement que les mesures destinées à empêcher ces opérations peuvent peser durablement sur les importateurs et leurs fournisseurs, comme le rapporte cette enquête sur les stratégies des entreprises chinoises.

Les chaînes d’approvisionnement entre adaptation et risque juridique

Pour une entreprise qui vend aux États-Unis, déplacer une étape de production peut réduire l’exposition à certains tarifs, mais implique des investissements, de nouveaux fournisseurs et des délais de qualification. Le Vietnam bénéficie ainsi de son rôle croissant dans les chaînes d’approvisionnement asiatiques, sans que cette évolution fasse de chaque exportation vietnamienne une marchandise chinoise déguisée. La différence se joue dans la réalité des opérations réalisées sur le territoire et dans leur documentation.

Un fabricant fictif de petits appareils électroniques peut, par exemple, acheter des composants en Chine et effectuer au Vietnam une véritable assemblée, des tests et une partie de la transformation. Son cas ne se confond pas avec celui d’un opérateur qui se limiterait à entreposer des produits finis avant de remplacer leur étiquette. Les discussions sur l’accord commercial entre Hanoï et Washington ont précisément mis en avant la question des produits chinois réexpédiés, comme le rappelle cette analyse des enjeux de l’accord entre les États-Unis et le Vietnam.

  • Réexpédition seule : le transit ou le stockage ne transforme pas l’origine du produit.
  • Transformation effective : les opérations réalisées localement doivent être documentées et répondre aux critères applicables.
  • Traçabilité insuffisante : des factures incohérentes ou l’absence de preuves de production peuvent déclencher un contrôle renforcé.

Cette grille de lecture montre pourquoi les autorités examinent les parcours industriels plutôt que le seul pays d’expédition. Une chaîne d’approvisionnement plus diversifiée peut être légitime ; une origine fictive expose importateurs et exportateurs à des redressements et à des sanctions.

La réexportation au cœur du bras de fer commercial entre Washington et Pékin

Les droits de douane ne visent pas seulement à renchérir les importations chinoises : ils sont aussi un instrument de négociation dans la relation entre les deux premières puissances commerciales. En réponse, les entreprises réorganisent leurs flux, tandis que Washington cherche à empêcher que le commerce Chine–États-Unis se poursuive indirectement par l’intermédiaire de pays tiers. Cette dynamique déplace une partie du contrôle vers les ports et les administrations douanières d’Asie du Sud-Est.

Les pays concernés se trouvent dans une position délicate. Ils peuvent accueillir de nouveaux investissements et des productions authentiquement localisées, mais doivent aussi éviter que leur territoire serve de couverture à une fraude douanière. Le contrôle de l’origine devient ainsi un enjeu de souveraineté économique autant qu’un outil de protection tarifaire.

La surveillance des cargaisons, la vérification des certificats et la coopération entre administrations seront déterminantes pour la suite. Selon les dernières données communiquées à Laem Chabang, les affaires recensées montrent que le phénomène est suffisamment concret pour mobiliser les autorités, mais l’ampleur du défi dépasse un seul port : dans une économie où les composants franchissent plusieurs frontières, la lutte contre le contournement tarifaire dépendra de la capacité à suivre le produit de l’usine jusqu’à l’importateur final.