Un an après la crise, les banques européennes se portent au mieux

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Il y a un an, le secteur bancaire a été secoué par la faillite de trois banques régionales américaines et le rachat en urgence du Crédit Suisse par UBS. Aujourd’hui, les banques européennes affichent des profits records et une tendance positive en bourse après la crise de 2023. Selon Jérôme Legras, directeur de la recherche chez Axiom Alternative Investments, le secteur bancaire élimine régulièrement les institutions moins fiables. Aux États-Unis, Silicon Valley Bank (SVB) et ses homologues ont présenté une gestion financière risquée avec des dépôts concentrés qui pouvaient être retirés à tout moment et un portefeuille composé d’obligations d’État dévaluées par la hausse des taux.

Banques très rentables

Le Crédit Suisse a rencontré des difficultés avec des amendes et des pertes de crédit dans sa filiale américaine. Sa chute n’a pas eu d’impact majeur sur les autres banques européennes, car celles-ci se portaient bien. En effet, les banques affichaient une rentabilité supérieure aux coûts de leurs capitaux propres pour la première fois depuis quinze ans. La fin de la politique des taux négatifs a permis au secteur bancaire de rebondir, augmentant ainsi ses revenus d’intérêt.

Nouvelle hausse des actions

Une fois passée la stupeur, les valeurs bancaires européennes ont augmenté de 23 % en 2023 selon l’indice SXP7 et de 13 % depuis le début de l’année. Les multiples de valorisation restent faibles, environ 0,9 fois l’actif net, offrant un potentiel de revalorisation pour les banques européennes. De plus, elles déploient des politiques de distribution généreuses aux actionnaires.
Selon l’agence de notation S&P, les résultats des banques françaises devraient se renforcer en 2024 après une année mitigée en raison des contre-performances dans la banque de détail. Le parcours boursier d’UBS s’est également avéré positif avec une hausse du cours de l’action de plus de 55% sur un an.
Le rachat réussi du Crédit Suisse par UBS a démontré que le problème principal résidait dans la gestion plutôt que dans la nature même de la banque. En effet, malgré les scandales récurrents, le Crédit Suisse demeure une franchise solide dans la gestion de fortune et une banque stable dans ses activités commerciales.
Il est à noter qu’il n’y a pas eu besoin d’une réforme réglementaire ou d’une résolution des crises suite à cet épisode. Malgré un dispositif « un peu limite » mis en place par les autorités suisses pour sauver la situation, le mécanisme a fonctionné comme prévu – à l’exception du fait que les actionnaires du Crédit Suisse ont obtenu 3 milliards d’euros au lieu de rien. Finalement, ce sont les porteurs d’obligations AT1 qui ont payé la facture (16 milliards de francs suisses).

Routine commerciale

Le secteur bancaire comporte toujours des risques, malgré les précautions prises. Aux Etats-Unis, certaines banques régionales sont fortement exposées à la crise de l’immobilier commercial, comme en témoigne la chute drastique de la capitalisation de New York Community Bank (NYCB). Une étude de JP Morgan a révélé que les banques régionales américaines sont quatre fois plus vulnérables à l’immobilier commercial que les grandes banques (30% d’actifs contre 6,5%). En Europe également, des vulnérabilités subsistent. Par exemple, certaines banques allemandes de taille moyenne restent insuffisamment rentables et exposées aux chocs économiques.

Le danger de la politique

Les banques européennes ont renforcé leur capital et évité la surcapitalisation, mais cela peut aussi représenter un risque. La réglementation gouvernementale et les déclarations sur les réserves obligatoires non rémunérées peuvent influencer les cours de Bourse. Malgré cela, le secteur bancaire semble se maintenir dans une dynamique haussière.