Le tournant surprenant de Bruxelles vers le nucléaire : impacts, décisions et perspectives

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pris une position forte en faveur de l’énergie nucléaire lors du Sommet européen sur le nucléaire à Bruxelles. Cette déclaration marque un changement significatif dans la politique énergétique de l’Union européenne.

L’extension du parc nucléaire est désormais considérée comme l’un des moyens les moins coûteux d’assurer une production d’électricité propre à grande échelle. Cette approche représente un virage par rapport aux positions antérieures qui privilégiaient les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

De nombreux pays membres de l’Union européenne ont adopté une position plus favorable au nucléaire, ce qui contraste avec certaines prises de position antérieures, notamment celle de l’Allemagne ayant récemment fermé ses centrales atomiques malgré sa dépendance au charbon et au gaz pour son mix électrique.

La prise de parole d’Ursula von der Leyen symbolise ce changement d’orientation en faveur du développement du nucléaire civil en Europe.

Le Tabou en France : Analyse et Impact

Lors de son discours sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen a évité le sujet du nucléaire. Elle a mentionné ce type d’énergie uniquement pour évoquer la fermeture de réacteurs à cause de sécheresses et l’occupation par les forces russes de la centrale ukrainienne de Zaporijia. Le nucléaire était également absent des différentes propositions de la Commission européenne, telles que le Pacte Vert, RePowerEU ou encore les directives sur les énergies renouvelables. Jusqu’à présent, il semble que cette source d’énergie soit un sujet délicat au sein de l’exécutif bruxellois.

Dans ses discours et initiatives, Ursula von der Leyen semblait éviter le sujet du nucléaire.
Cela s’est notamment reflété dans son discours sur l’état de l’Union ainsi que dans les propositions faites par la Commission européenne.
Le nucléaire n’a été abordé que brièvement en relation avec des événements spécifiques, tels que la fermeture de réacteurs et l’occupation d’une centrale ukrainienne.
Il apparaît donc clair que cette question est délicate au sein des instances dirigeantes à Bruxelles.

La France mène l’Alliance nucléaire en Europe

La France a récemment renforcé sa position en faveur de l’énergie nucléaire, cherchant à promouvoir son rôle dans la taxonomie verte de l’UE. Pour atteindre cet objectif, elle a activement sollicité le soutien d’autres pays membres de l’Union européenne. Malgré l’opposition de certains voisins, la France a réussi à faire reconnaître le nucléaire comme une énergie bas carbone et durable par les autorités européennes. De plus, elle a également plaidé pour l’intégration du nucléaire dans la production d’hydrogène vert.

En envoyant des lettres et en menant un lobbying intense auprès de la Commission européenne, la France a obtenu des résultats significatifs. Le Parlement européen a officiellement reconnu l’hydrogène produit à partir d’électricité atomique comme une énergie bas-carbone. De même, après des mois de négociations intenses, la Commission européenne a accepté une exception pour le nucléaire dans la fabrication de l’hydrogène étiquetée comme “renouvelable”. En outre, le nucléaire a été ajouté parmi les technologies décisives ouvrant ainsi la voie à un soutien financier.

Cette stratégie pro-nucléaire témoigne des efforts entrepris par la France pour préserver son parc existant tout en cherchant à étendre son influence au niveau international.

Jeu de pouvoir ?

Vendredi dernier, le PDG d’EDF, Luc Rémont, a annoncé son intention de déployer deux réacteurs EPR en Europe dès la prochaine décennie. Cette initiative marque un changement par rapport au rythme actuel qui est d’un ou deux réacteurs par décennie. La trentaine d’Etats présents à Bruxelles ont également convenu de collaborer pour accélérer et mieux financer le développement de l’énergie nucléaire.

Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a souligné que le nucléaire est une source d’énergie propre et rentable, loin d’être une utopie. Il a également noté que dans le monde entier, le nucléaire fait son grand retour en raison du besoin de lutter contre le changement climatique et d’assurer la sécurité énergétique.

Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a ajouté que la nécessité de produire de l’électricité sans interruption renforce également la demande pour cette source d’énergie.

Concernant Ursula von der Leyen, certains se demandent si sa position en faveur du nucléaire n’est pas simplement liée à ses ambitions électorales alors qu’elle envisage déjà sa succession. Le Parlement européen devra se prononcer sur cette question dans les mois à venir.

Enfin, il convient aussi de noter que la fusion controversée entre IRSN-ASN pour assurer la sûreté nucléaire a été approuvée à l’Assemblée nationale.